Note sur Violette Nozière, par Simone Zoummeroff
espace texte

D’après les documents originaux de la bibliothèque P. Zoummeroff (archives de presse, photographies, ouvrages rares...)

Pour une liste complète de ces documents, voir le catalogue complet.

espace texte

Le parcours de Violette Nozière jusqu’au parricide et l’arrestation

 

Elle naît le 11 janvier 1915 à Neuvy Sur Loire.

Son père, Jean-Baptiste Nozière est mécanicien au P .L.M. (Chemins de fer Paris-Lyon-Méditérranée).

Enfance heureuse et sans histoire pour Violette.

Jean-Baptiste et Germaine (sa mère) sont des ouvriers aisés, qui, au dire des proches entourent leur fille d’affection.

A la fin de la guerre, ils s’installent à Paris, au 9 rue de Madagascar dans le 12ème arrondissement.

« Ils donnaient l’apparence d’une famille unie et heureuse » dit le concierge de l’immeuble ; Violette grandit dans un petit deux pièces cuisine.

Bonne élève à l’école primaire, elle passe brillamment le certificat d’études. Les parents sont fiers et disposés à la pousser vers des études supérieures. Mais, à 13 ans, elle est déjà femme et paraît plus que son âge. Les garçons tournent autour d’elle, elle aime ça et, si les résultats scolaires sont bons au début de l’année, les choses vont se détériorer.

Violette cache ses absences à ses parents, qui les apprennent par le lycée. On évoque sa mauvaise conduite. Elle a des aventures sans lendemain, tant et si bien que ses parents vont accéder à sa demande de changer d’établissement.

Nouvelle adresse : le lycée Fénelon, au quartier latin, là où elle fait connaissance avec une vie qui la change de l’appartement et de la médiocrité de la rue de Madagascar. Elle rencontre des étudiants, des photographes pour revues pornographiques…. Elle pose nue. Elle passe son temps dans les cafés du quartier latin : Palais du café, les quat’z Arts …

Se sentant mal à l’aise dans son milieu familial, elle s’invente une vie bourgeoise où le père est ingénieur et où la mère travaille chez le célèbre couturier Paquin. La double vie s’installe.

Son amie intime avec laquelle elle fait la « fête » s’appelle : Madeleine DEBIZE (Maddy). Elle est la fille de voisins de quartier. Celle-ci l’entraîne et l’accompagne dans sa recherche du plaisir. Elle sont complices dans leurs amours, mais aussi dans les vols (boutiques, librairies, qui font rêver Violette…)

(Cette Madeleine DEBIZE qui dira lors de son procès que Violette était au bal avec elle le soir du crime.)

Il faut de l’argent pour « paraître » et pour entretenir les copains, et surtout : Jean DABIN, l’amant de cœur. L’argent, elle le prend, soit dans le porte-monnaie de ses parents, soit elle le reçoit des hommes qu’elle rencontre sur la rive droite.

Ses parents ouvrent des lettres, s’étonnent des tenues élégantes qu’elle porte, mais ne veulent pas ou ne voient pas la vérité. Au fond, ils l’admirent. Il y a trop de différence entre leur vie et la sienne.

Deux éléments doivent être pris en compte dans la vie de Violette Nozière :

Le premier : sa santé. Elle a toujours été fragile. De plus après un examen à l’hôpital Bichat, le docteur DERION, parle d’une « maladie spécifique » (la syphilis) dont elle serait atteinte (magazine « Drames, sept.1933 : La vérité sur le crime de Violette Nozière). Le médecin en parle à sa famille. Elle est soignée par lui, ce qui explique pourquoi ses parents ne se sont pas méfiés quand elle leur a fait avaler le « Soménal », prescrit soi-disant par le docteur Dérion.

Le second élément qui ne sera jamais élucidé : l’inceste. Violette a dit souvent à ses amis que son père la violait depuis l’âge de 12 ans.

Elle parlera au procès de sa première tentative de suicide : « Ce jour-là, j’éprouvais un dégoût insurmontable de l’inconduite de mon père à mon égard ». Elle laisse une lettre à ses parents affolés qui la recherchent et la retrouvent le long des quais à 22h. (« La France » 15sept.1933).

Elle parlera aussi à un ancien amant : Pierre Camus : « Tu sais, il oublie parfois que je suis sa fille. »

Le 21 août 1933, elle fait avaler à ses parents une potion recommandée par le docteur Dérion. Violette s’en va après avoir vérifié qu’ils ne bougeaient plus. « A une heure du matin, Violette rentre du bal. Elle frappe à la porte du voisin de palier : « Venez vite, ça sent le gaz, j’ai peur. Il a dû arriver quelque chose à mes parents ». Le voisin, M. Mayeul, ferme les robinets de gaz, il entre dans la chambre : « Mme Nozière git sur le lit ensanglanté. Sur le lit de Violette, git son père inanimé » (Police magazine 3 sept.1933 «  empoisonneuse »).

La police arrive. Mme Nozière respire encore, son mari est mort. Au début, les policiers pensent à un suicide. Mais devant l’absence d’émotion de Violette, ils restent dubitatifs.

Le lendemain, à l’hôpital, Mme Nozière dit au commissaire GUEUDET qu’elle ne se souvient de rien, sinon d’avoir avalé des sachets de poudre blanche donnés par le médecin qui soignait leur fille (« celui de Violette était marqué d’une croix au crayon » dit-elle).

Le commissaire convoque Violette pour le lendemain cinq heures. Elle ne vient pas. Un mandat d’arrêt est délivré par le parquet de la Seine. Le brigadier, GRIPOIS enquête auprès de ses amis du quartier latin. Elle leur a paru normale, même gaie. On l’a vue chez un coiffeur, une manucure…elle « drague » un jeune homme : André de PINGUET à qui elle donne un nom d’emprunt, mais, il la reconnaît : « Vous ressemblez étonnamment à cette criminelle qu’on recherche »

Elle lui parle d’un héritage qu’elle doit faire (165.000 francs à sa majorité). « Ca sera la bonne vie » lui dit-elle.

Doutant de plus en plus, Pinguet la dénonce. Au prochain rendez-vous, près de la Tour Eiffel, la police est là.

Elle a 18 ans.

Violette Nozière : la prisonnière

Le 28 août 1933, Violette est emmenée au quai des orfèvres dans les locaux de la Brigade Criminelle. Là, en présence du juge = Edmond LANOIRE, elle avoue. « C’est moi qui ai fait avaler à mes parents du Soménal, j’en avais acheté trois tubes… »

Au dépôt, elle fait connaissance avec ses deux avocats= Maître Henry GERAUD et Maître de VESINNE – LARUE.

Le 31 août elle est envoyée à la prison de la petite – Roquette, et, le 1er septembre a lieu la confrontation avec sa mère. Elle est accompagnée par l’inspecteur GRIPOIS.
La scène est déchirante

  • Violette : « Pardon, pardon, pardon maman ! »

  • Sa mère : «  Je te pardonnerai quand tu seras morte. Tue-toi, tue-toi ! »

(Magazine = DRAMES – sept.1933 – la vérité sur le crime de Violette Nozière)

Violette s’évanouit. Les interrogatoires se poursuivent. D’où venait son argent ?

Réponse : un vieux monsieur : « M. EMILE me donnait 400 à 500 francs par semaine pour le plaisir de se promener avec moi. Elle dit avoir eu besoin de ces sommes pour « aider » J. DABIN. Jean DABIN (étudiant) qui reconnaît les faits, mais précise que Violette lui avait dit que ses parents étaient riches. Il accepte jusqu’à 100 francs par jour. Il nie être impliqué dans le crime.

Jean Dabin : « J’ai connu Violette en juin dernier, dans un café du quartier latin où fréquente les étudiants. Elle était vive, gaie, gentille, et paraissait avoir reçu une certaine instruction. Ce n’est qu’au bout de huit jours qu’elle devint ma maîtresse. Nos amours eurent pour cadre une chambre d’hôtel de la rue Victor-Cousin ; C’est dans cette même chambre que je la revis huit ou dix fois peut-être. »

Pour Violette, ce n’est pas une aventure, mais une histoire d’amour. Elle lui offre une bague volée à son père, elle lui donne de l’argent et, lorsqu’il part en vacances le 17 août, elle se sent perdue.

Peut-être est-ce de ce moment que date la décision de tuer ses parents, pour continuer à aider Jean Dabin en leur dérobant leur argent.

Violette parle enfin de son père : « Il a abusé de moi lorsque j’avais 12 ans. Depuis, il était terriblement jaloux de mes fréquentations masculines. Il m’a dit qu’il me tuerait si je parlais de la chose à ma mère. »

Elle dit qu’à 16 ans , elle a pris un amant. Des journalistes essayent d’y voir plus clair. Ils vont enquêter à Neuvy Sur Loire. Ils interrogent la sœur et le beau-frère de M. Nozière. Ils ne rapportent rien d’intéressant, sinon que personne ne peut prouver les accusations de Violette contre son père et que personne ne peut les nier.

Le 15 sept. 1933, le journal « La France », reprend le sentiment du juge d’instruction : « Les témoignages ont pour unique source Violette Nozière, toujours Violette Nozière et personne d’autre. Tout ce qu’elle a raconté concernant son père, il n’y a qu’elle qui le dise, et c’est là le grand point d’interrogation de cette affaire. Allons-nous considérer comme certaines, des accusations qui ne sont portées que par une criminelle qui a tué son père et tenté de tuer sa mère ? ».  Il pense que Violette finira par dire la vérité.

On convoque des psychiatres. Est-elle une « mythomane perverse » ? Donc est-elle malade ? et, en conséquence, peut-elle rendre compte de son crime devant la justice ? A-t-elle écrit elle-même la prescription des médicaments donnés à ses parents ?

A-t-elle eu un complice ? (On l’a vue en compagnie d’un préparateur en pharmacie…)

Et puis, cette phrase : « Ca me trottait dans la tête depuis deux ans, cette idée de les tuer tous les deux… je me suis enfin décidée. Je n’ai pas eu de complice…le poison ? Cherchez-en la formule si vous vous voulez » (Police magazine – septembre 1933). Le journal ajoute : «  Quel châtiment mérite Violette Nozière ?  « La prison ? L’asile ? Répétons-le : on ne sait trop. »

En prison, elle est la détenue, 2-569 (petite-Roquette).

Le magazine « Police magazine » du 24 sept. 1933 mentionne qu’elle écrit tous les jours sur un « cahier ».

« Ainsi donc je suis en prison, moi l’être libre, ardent et fantasque qui aime tant le grand jour, la gaieté, les camarades du quartier latin, ceux qu’on appelait autour de moi : les gigolos de Violette… »

Ceux-ci lui envoient des fleurs, des fruits, mais elle n’a pas le droit de les recevoir.

Elle occupe son temps à des travaux de couture. Elle conserve sa vitalité : « Il me manque des cigarettes, du rimmel, du rouge et des cocktails. » (à son avocat Maître GERAUD). Elle écrit aussi des lettre à Jean DABIN, qui ne les reçoit pas et qu’elle signe : « Ta Violette qui t’adore. » Elle fait des projets d’avenir et elle s’émeut quand elle entend à l’extérieur la chanson inspirée par son histoire : «  Violette a –t-elle été violée….? »

Enfin, le 11 octobre 1934, s’ouvre le procès de Violette Nozière devant les assises de la Seine.

Le Procès

Le procès s’ouvre dans un contexte dramatique (l’assassinat à Marseille du roi Alexandre de Yougoslavie). Mais la foule se presse, dense, près du palais de justice.

Le procès de Violette est très attendu. Le président évoque son passé, ses deux tentatives d’empoisonnement (la première au mois de mars 1933, qui avait échoué), la préméditation, son sang-froid, son insensibilité. Violette s’évanouit. L’interrogatoire reprend plus tard. La scène du crime est évoquée : « Goûte maman comme c’est mauvais. » (d’ailleurs Germaine Nozière en jettera la moitié dans l’évier, ce qui la sauvera).

Le président : «  Vous êtes restée près de vos parents pendant une heure et demie alors qu’ils agonisaient. »

Violette : « C’est exact, monsieur le président. » 

Violette, en pleurant : « Je demande à tout le monde de me pardonner. » « Qu’on me fasse ce qu’on voudra mais ma mère me pardonnera. »

La séance est levée.

Le même jour, c’est le défilé des témoins, dont : Jean DABIN.

Le président, s’adressant à Violette Nozière : « Votre défaut est le mensonge, vous avez menti par orgueil, par besoin. Etes-vous décidée à dire toute la vérité ? »

Violette : « Oui, monsieur le président. »

Description est faite de sa famille, de son enfance choyée….

Le président : « Vous connaissiez la fortune de vos parents. »

Violette : « Non. »

Le président : «  Pourtant vous avez vous même fixé le chiffre de 165 000 francs. »

Ensuite c’est le passage en revue de la vie de Violette et l’allusion à la première tentative d’empoisonnement de ses parents.

Le président : « Pourquoi ce deuxième attentat contre la vie de vos parents ? »

Violette s’évanouit.

L’audition des témoins reprend, et n’apporte pas d’éléments nouveaux. Germaine Nozière est entendue à son tour. Elle raconte :

Germaine Nozière : « Le 22 août, mon mari était chez nous. Il jouait à la belotte avec ma fille. M. Nozière, dit-elle, demande à Violette si elle a averti Jean Dabin de sa « maladie » (elle leur avait dit qu’il y avait entre eux des projets de mariage).

Ensuite, Mme Nozière dit : «  Nous avons pris la poudre. » (Celle que Violette a apporté de la part du Docteur Dérion avec sa soi-disant ordonnance.)

Violette : « Maman, maman, pardon. »

Germaine Nozière : « Violette, je ne peux pas oublier que tu es mon enfant. Mais ce que tu as dit sur ton malheureux père est faux et abominable, dis que ce n’est pas vrai. » « Pitié pour mon enfant, pitié pour ma fille ! »

Les experts arrivent à la barre. Ils témoignent que Violette est responsable de ses actes.

Le brigadier Gripois dit que M. Emile n’existe pas. Des camarades se succèdent à la barre. Jean DABIN reconnaît que l’accusée lui donnait de l’argent…

Le président : « Dabin, vous avez fait preuve d’une amoralité, heureusement rare dans le milieu des écoles que vous fréquentiez. »

L’avocat Général GAUDEL : «  Vous relevez du mépris public et je vous le dis en face. »

Des témoins confirment l’attitude « normale » de Jean-Baptiste Nozière envers sa fille. Un journaliste (de « Dernière heure ») souligne l’étonnante « pudeur » qui entoure les faits évoqués. On ne parle pas vraiment d’inceste, ouvertement et clairement.

« Il y a, dit le journaliste, un « abcès à crever », un malaise gênant pour la vérité.

Le 13 octobre : 2ème journée. Les jurés se plaignent de ce que l’accusée cache son visage.

Germaine Nozière demande pitié pour sa fille après la plaidoirie de Maître Boitel. Violette pleure. L’avocat général GAUDEL, pourtant réputé mesuré, charge Violette.

(« L’ami du peuple » samedi 13 octobre 1934)

GAUDEL : « Je vous demanderai de prononcer contre cette fille la peine capitale. » Il parle de l’insensibilité écœurante de Violette. Il demande de ne pas la considérer comme une héroïne et déchirer le masque de « justicière » de roman dont Violette s’était parée, mais de la voir telle qu’elle est : Menteuse, orgueilleuse, perverse, inventive, criminelle… »; donc, de n’avoir aucune pitié. »

L’émotion est grande dans la salle.

De plus, survient un témoin de dernière minute M. RONFLARD, qui demande à être entendu, ce qui provoque un incident avec l’avocat général Gaudel.

Gaudel : « C’est aux dernières minutes du procès que vous apparaissez ? »

Ronflard : « Je suis venu pour libérer ma conscience. » (Il a reçu trois ans plus tôt des confidences de Violette au sujet de son père.)

Ronflard : « Elle m’a dit que son père couchait avec elle, elle l’a dit à tout le monde au quartier latin ; et je trouve très curieux que personne ne soit venu à la barre dire ce qu’il savait. »

L’émotion est à son comble pour la seconde fois.

Gaudel : « Je trouve cette déposition des plus curieuses. »

Ronflard : « Je suis citoyen français et je n’accepte pas d’être injurié dans mon pays. »

Le président Peyre : « Violette, est-il vrai que vous ayez fait cette confidence au témoin ? »

Violette fait un signe d’acquiescement.

Des murmures se font entendre dans la salle, partagée après tous ces rebondissements.

Les plaidoiries commencent.

Maître de Vésinne-Larue indique aussitôt qu’il va plaider l’inceste. Il pense que les jurés atténueront la responsabilité de Violette.

Maître Vincey, avocat, plaide en sa faveur : « Violette Nozière n’a pas reçu dans sa famille l’éducation qu’elle aurait dû avoir. » « Une criminelle de 18 ans ! Une enfant pitoyable ! Accordez à la jeunesse, l’espoir. Je demande pour Violette Nozière le droit de vie. » « 60 témoins ont défilé à cette barre et nous ne savons rien. M. Nozière a-t-il voulu oui ou non abuser de sa fille…? Je ne peux dire que cela soit avec certitude. »

L’émotion est grande dans la salle. Mais, malgré les plaidoiries émouvantes, le jury n’a pas cédé.

Violette est condamnée à la peine de mort.

Le président Peyre énonce sa sentence : « La parricide sera conduite à l’échaffaud, pieds nus, en chemise, voile noir recouvrant la tête. »

Les dernières paroles de Violette sont : « J’ai dit la vérité, c’est honteux, vous n’avez pas été pitoyables ! »

Elle est prise d’une crise de nerf, les gardes l’emmènent tandis qu’elle se débat.

Journaux (« L’ami du peuple » et « Le progrès ») 13 octobre 1934 : « Qu’en pensez-vous, lamentables amis de la condamner, faux étudiants qui faisiez la fête avec l’argent de cette femme. Qu’en pensez-vous, tous les parents, qui négligez de surveiller l’enfance des êtres auxquels vous avez donné la vie. »

A 19h30 elle signe son pourvoi en cassation. Celui-ci est rejeté. Les femmes n’étant plus guillotinées, on pense que la peine sera commuée en 20 ans de travaux forcés.

Le « mythe » Violette Nozière

Il est né avant la condamnation. Dès le crime connu, la presse s’est emparée de l’affaire, au point de faire passer en second plan une situation nationale et internationale plutôt violente : La montée progressive du nazisme, les morts de Paul Doumer, d’Alexandre de Yougoslavie, de L. Barthou. La situation politique intérieure avec l’affrontement entre l’extrême droite et les « anarchistes », les problèmes économiques et sociaux. L’instruction du procès de Violette Nozière fait toujours la « une ».

Les « anarchistes » comme les « surréalistes » trouvent dans ce crime l’occasion de fustiger cette société bourgeoise qui vit dans le conformisme et l’étroitesse d’esprit. Violette incarne cette révolte, pour eux, elle est une victime.

  • En octobre 1933 : Dans « la « revue anarchiste » sous le nom de : BARDAMU, Louis-Ferdinand Céline écrit : « Au demeurant, de quoi se plaint-on ?...Nozière est sous terre et Violette est en taule…Deux victimes du milieu social, et l’on danse autour : « la danse macabre. »

Céline dira aussi que l’exiguïté des logements citadins favorise la fornication et l’inceste.

  • En novembre 1933, la même revue écrit : « L’inceste est un mot dont on s’effraie, c’est une pratique courante, j’admire les cheminots qui ne croient pas Nozière capable d’avoir troussé sa fille parce qu’il était un bon mécanicien. »

Le 1er décembre 1933, les surréalistes montent au créneau. André Breton, René Char, Paul Eluard, Maurice Henry, Salvador Dali, Max Ernst, Magritte….poètes et peintres mélangés éditent une plaquette en faveur de Violette, intitulée « Violette Nozière ». Ce recueil est édité en Belgique pour éviter les poursuites.

On retrouve la même sympathie pour Violette que celle qu’ils avaient éprouvée pour les sœurs « Papin » (qui avaient un peu avant, massacré leur patronne.)

Ils n’oublient pas que le jury est composé d’hommes et que le sujet de l’inceste est un sujet tabou dans cette société où le « mâle » est roi. L’accusation d’inceste envers son père. « Elle a touché là à un problème crucial » (Préface de José Pierre – 11 sept 1991, lors de la re-édition de la plaquette).

Paul Eluard :

Violette rêvait de bains de lait,

De belles robes

De pain frais

De belles robes

De sang pur

Un jour il n’y aura plus de père

Dans les jardins de la jeunesse

Et plus loin :

Violette a rêvé de défaire

A défait

L’affreux nœud de serpents des liens du sang.

 

Le 17 octobre 1934, l’écrivain Marcel Aymé écrit dans « Marianne » :

«  En condamnant Violette Nozière sans vouloir parler d’inceste le tribunal s’est montré fidèle à l’une de ses plus chères traditions. Il a voulu affirmer le droit du père à disposer absolument de ses enfants, tout compris : droit de vie et de mort, et droit de cuissage aussi. »

 A l’opposé, les partisans de l’ordre moral, les « bien-pensants » sont représentés par Robert Brasillach qui, dans « notre avant-guerre » écrit à propos de Violette Nozière :

« …. Les détails douteux et sales de sa vie navrante, la grise atmosphère de débauche où alternaient les cocktails, la drogue et le café crème, l’argent et la misère…un atroce monde sans Dieu. »

Enfin vingt ans plus tard, André Breton écrira : «  « Réhabilitez-la. De mémoire d’homme, jamais affaire criminelle n’aura fait surgir à la cantonade plus belle collection de crapules que le procès Violette Nozière il y a vingt ans… A qui la palme ? Du père souilleur de sa fille, de sa fille, de l’amant de cœur Jean Dabin, camelot du roi, maquereau ?.... »

L’accomplissement de la peine et une nouvelle vie

Après la condamnation, les journaux s’interrogent : Violette Nozière bénéficiera-t-elle d’une grâce présidentielle ?

Le 31 décembre 1934, son avocat qui n’a jamais douté d’elle lui annonce la bonne nouvelle : « Mon enfant, vous êtes graciée. » Le jour de Noel elle quitte la petite –Roquette pour la prison de Fresnes. Et, en janvier 1935, elle part pour la centrale d’Haguenau en Alsace. Elle deviendra peu à peu une prisonnière exemplaire entourée par le directeur et les sœurs de Béthanie. Appréciée de tous, elle pense à prendre le voile…Elle va jusqu’à revenir sur ses accusations envers son père. Repentir, calcul, quoiqu’il en soit, en mai 1940, l’avancée des Allemands la fait transférer à la maison d’arrêt de Rennes. Les conditions sont plus douces. Sa conduite est toujours exemplaire, un père dominicain l’accompagne dans sa démarche spirituelle, mais son destin ne sera pas le couvent, elle rencontre l’amour en la personne du fils du greffier-comptable de la prison : Pierre Garnier.

Le 6 août 1942, le maréchal Pétain accorde une remise de peine à Violette, celle-ci est ramenée à 12 ans de réclusion.

Au mois de décembre 1945, elle épouse Pierre Garnier à Neuvy sur Loire en présence de sa mère.

Entre temps, le Général de Gaulle avait annulé la peine de vingt ans d’interdiction de séjour.

Germaine Nozière vit avec eux. Ils ont cinq enfants ; le bonheur est enfin au rendez-vous pour Violette ; Il sera de courte durée : Pierre meurt en 1960.

Le 18 mars 1963 : la cour de Rouen prononce la réhabilitation.

« Tout est effacé ! Il n’y a plus de Violette Nozière ! Aux yeux du monde de la justice, elle n’existe plus. Nous avons gagné notre guerre de 30 ans. » exulte Maître de Vésinne-Larue, son fidèle avocat.

C’est une mesure exceptionnelle sur le plan judiciaire.

Violette meurt en 1966.

Elle a 51 ans.

Le temps est passé, les passions se sont apaisées, mais, des livres, un film (« Violette Nozière » de Claude Chabrol), des articles de journaux de temps en temps rappellent l’histoire de Violette Nozière.

Le siècle a changé de chiffre, son nom reste dans les mémoires.

Seul l’inceste est le secret qu’elle a emporté avec elle.

Simone Zoummeroff – Février 2010

espace texte
 
©2012 collection-privee.org